Le probleme avec le parc
Le problème avec le parc, c’est que mues par l’enthousiasme collectif inhérent au volume d’ensoleillement croissant de ces derniers jours, tes neurones semblent soudainement penser que rien ne te serait plus agréable que de profiter d’un moment de bonheur en posant ton fessier au beau milieu d’un morceau de verdure, et que bien qu’une partie de ton cerveau semble étrangement réticente à l’idée de cette expédition bucolique, un simple coup d’œil paresseux à n’importe quel réseau social te confirme que tu frôlerais les symptômes de la sociopathie en n’ayant pas envie de mouvoir ta personne dans le carré de gazon le plus proche par ce temps quasi-caniculaire, et pars donc profiter d’un doux moment de béatitude en posant ton arrière-train à l’endroit même où un caniche avait quelques minutes auparavant libéré sa vessie avant de te décaler de quelques mètres en t’aidant de tes mains sur lesquelles tu constateras avec délice qu’un mégot s’est collé, et de respirer à plein poumons l’air pur de cet idyllique coin champêtre, inspiration immédiatement suivie du douloureux recrachage de la douzaine de moucherons ayant visiblement confondu ton canal nasal avec un grand huit gratuit à Disneyland, et de profiter enfin du paysage paradisiaque du coin d’herbe qui t’entoure et qu’une demi-douzaine de pigeons malades et déplumés viennent d’envahir, choisissant, ô joie bucolique, parmi les centaines de mètres carrés qui leur sont dévolus, de t’encercler en t’observant de leur œil vitreux avant d’être rejoints par un corbeau, lui même chassé par un chien qui renversera sur son passage la bouteille d’eau encore ouverte que tu avais pris soin d’emmener, et dont tu es occupée à tenter de sauver les dernières gouttes lorsque l’arrosage automatique se met en marche, et que tu fuis d’un pas si pressé que ton pied, dans ta hâte pas encore rechaussé de sa tong, fait la rencontre d’une crotte de chien, ce que tu t’empresses alors de vouloir nettoyer en visitant les très agréables toilettes du parc auxquelles tu accéderas trois quart d’heure plus tard après le passage d’une classe entière de CE1 n’ayant vraisemblablement pas encore étudié le tirage de chasse d’eau, et qu’à la seconde où ton courroux semble prêt à exploser à la face du monde, la bretelle de ton sac à main cède, brisant à tes pieds un demi-smic de maquillage et ouvrant les pages d’un vieux journal sur l’histoire de ces hommes, ces femmes et ces enfants massacrés il y a quelques jours, et que, plongée dans la culpabilité que représente la terrible indécence de ton irritation en comparaison du jeu infâme qui se joue à quelques centaines de kilomètres, tu remarches dans la crotte de chien. C’est ça le problème avec le parc.