Le probleme avec

Chroniques en une seule phrase au nombre de deux a lire dans ta tete sans reprendre ton souffle, enfin presque.

Le probleme avec la pub pour les vetements espagnols

Le problème avec la pub pour les vêtements espagnols très colorés aux styles aussi improbables que la possibilité de voir Gerard Depardieu dans une publicité pour l’eau minérale ou Christine Boutin dire un truc intelligent, et qu’on imagine aisément destinée à une cible toute trouvée de profs de français de collège noyant le chagrin de leur cinquantaine banalement décevante en optant pour des cheveux légèrement roussi au henné Jean-Louis David, des ateliers théâtres avec les quatrièmes le jeudi midi et donc une collection de jupe taillées en biais dans un patchworks de verts assortis aux boucles d’oreilles achetées à Pâques à une copine qui les fabrique elle-même, ce n’est pas la présence surcommentée d’un accessoire sexuel qui quoique flouté a fait profusément jaser dans les chaumières hlm mais celle bien plus scandaleuse d’un couple SOURIANT au petit matin, imposant au monde sa béatitude comme s’il prétendait impunément qu’il soit possible d’oublier qu’iil entamera quelques minutes plus tard une nouvelle journée dans un monde où cohabitent gaiement les fous de dieu, les abreuvés de pouvoir, les accros de la gâchette, le blog de Jean-Marc Morandini et les gens qui retweetent leurs #FF ce qui sans déconner, n’est pas loin de faire de ce factice bonheur matinal un des plus gros mensonge de l’humanité. 

C’est ça le problème avec la pub pour les vêtements espagnols.

Le probleme avec la decheance de Lance Armstrong

Le problème avec la déchéance de Lance Armstrong c’est qu’elle risque fort de mettre financièrement dans la dèche de nombreux parents à travers le monde, car il n’est un secret pour personne que le célèbre cycliste américain, en héros international de la pédale avait suscité nombre de vocations pour la bicyclette, passion transmise dès le berceau aux jeunes générations auxquelles les exploits du Texan étaient racontés avec ardeur telles de fantastiques épopées, et que quiconque a récemment mis les pieds dans un Carrefour au rayon matériel scolaire a pu constater que l’Enfant, aujourd’hui, éprouve visiblement la nécessité d’être matériellement équipé de façon à rendre hommage à ses divers héros, et que par conséquent des centaines de familles à travers le monde vont devoir se priver dans le but de racheter ce weekend au petit dernier archifan du cycliste un cartable Dopera l‘exploratrice, un exemplaire de Oui-Oui et la piqûre magique, un autre d’Harry Potter et le Cycliste de sang-mêlé, des caddies entiers de tubes de bonbons Mythos et de pastilles Triche-tac à seulement deux calories sans compter une paire de baskets La Coke sportif chez Décathlon, sauf que Décathon, Décathlon, comme nom c’était bien beau mais après résultats de test anti-dopage, ça va peut-être être obligé de se rebaptiser “Biathlon” du coup, voire “Microathlon”, “Minigolf” ou même “Parcours de santé du dimanche pour senior dans la forêt de St-Cucufa” et ça, il faut bien avouer que comme nom c’est quand même vachement moins pratique à taper dans le GPS. C’est ça le problème avec la déchéance de Lance Armstrong

Le probleme avec ces caricatures

Le problème avec ces caricatures c’est que j’ai du mal à imaginer comment le cerveau humain peut physiquement souffrir qu’on lui ôte le droit pourtant inaliénable de se marrer, comment quiconque envisage de survivre à l’infinie absurdité de l’existence humaine sans, parfois, dans un léger élan, amorcer un salvateur petit pas de côté pour observer goguenard d’incrédulité le manège de nos vies inutiles, comment quiconque peut concevoir de survivre sans s’en extraire par le rire à un monde dans lequel, parmi la liste des atrocités perpétrées par l’Homme sur lui-même au nom de ses propres inventions, on envoie des mômes se faire péter les entrailles en se gargarisant de mille formidables raisons de le faire, que oui, j’ai de la peine à concevoir que quiconque puisse supporter l’intolérable cruauté du monde sans s’arrêter parfois pour, aussi paradoxal que ça puisse sembler, en pisser gaillardement de rire, qu’il me semble quasi-impossible de résister à la l’implosion totale de cervelle devant la vue quotidienne du spectacle barbare de la folie des Hommes, sinon en amorçant ce petit pas de recul salvateur et en s’autorisant à s’esclaffer du constat de l’ampleur de la la connerie humaine, que considérant qu’elle atteint un point où l’Homme ne peut décemment en soutenir la cruauté, il me semble impératif qu’il se désolidarise de cette humanité follement sanguinaire, en riant d’abord, en commandant un demi-pêche ensuite, puis en rêvant peut-être de toute sa naïveté à un monde de paix où chacun se tiendrait la main et ferait tranquillement pousser des pommes dans son jardin, sauf, que les dieux, visiblement, la pomme, ils ont toujours eu un problème avec. C’est ça le problème avec ces caricatures.

Le probleme avec les classements beaute Twitter

Le problème avec les classements beauté de Twitter, c’est que bien sûr, je regarde dans la rue et les magazines les jolies filles dont je voudrais la peau, les yeux, le sourire, la taille 36 et cette putain de capacité à ne pas transpirer comme un petit veau au bout de 27 secondes et demi dans les transports, et que, bien sûr, je juge moi aussi les gens sur les apparences, trop vite, trop mal, trop injustement et trop définitivement, et que ça ne me pose à vrai dire pas tellement de problème de conscience de baver en riant bêtement devant les abdos photoshopés d’un bellâtre de calendrier noir et blanc plutôt que sur un cliché de Woody Allen parce que quand bien même le talent tout ça faut pas déconner,  et que s’il me semble qu’on peut peut-être freiner l’emballement, il faudrait être fous pour imaginer que notre monde fera un jour marche arrière dans la place qu’il accorde aux qualités physique de ses habitants, et que du coup je ne suis pas vraiment choquée, pas vraiment en colère de ces classements, juste un peu, un tout petit peu pincée au cœur parce que Twitter, avec tous ses défauts, était un peu ce petit ilot où les rôles s’inversaient, où les priorités étaient remises à plat, où ton poids sur la balance était remplacé pas ta capacité à réagir à l’actualité, la beauté de tes cheveux par ton habileté au livetweet, l’éclat de ton sourire par ta maitrise du deuxième degré et ta taille de soutien-gorge par ton aptitude à jongler avec les mots, un endroit où pouvaient prendre une belle revanche sur leur enfance tous les losers de la cour de récré, les trop gros, les trop moches, les trop petits, les timides aux cheveux gras et les invitées aux boums parce que sinon la jolie copine risque de ne pas venir, et qu’en y classant le physique de ces utilisateurs libérés par la rassurante obscurité, comme à la fin d’une fête brusquement interrompue, on rallume sauvagement les néons sur ce petit ilot aveugle, et que les néons, faut faire gaffe, il paraît que ça attire les moustiques. C’est ça le problème avec les classements beauté de Twitter.

Le probleme avec les soldes

Le problème avec les soldes c’est qu’à force d’étiquettes fluorescentes, de stickers géants et de publicités la Redoute que c’est marrant comment ils retrouvent direct ton adresse ceux-là alors que la sécu il leur faut 18 mois pour piger, du coup t’as déjà déménagé ailleurs parce que bon,  non seulement l’appart était vraiment moisi mais en plus la voisine écoutait Lara Fabian, et honnêtement, quelle personne saine d’esprit écoute Lara Fabian en 2012, arrive ce moment fatidique de l’année où il te devient impossible de ne pas regarder le monde au travers de ce filtre persistant des soldes, espérant silencieusement qu’un -20% soit appliqué à la balance à ta prochaine pesée et que le volume de voyageurs se coupant les ongles dans le métro subisse une remise de 30% , et tu constates que cette persistance neurologique s’insinue jusque dans ta lecture du journal, qui semble t’informer que le régime syrien tente d’imposer 50% de réduction du nombre de ses habitants en vie, que notre équipe de foot s’est vue attribuer une ristourne de 70% sur son nombre de victoires alors que sa nouvelle collection éclatante de scandales, elle, ne fait pas l’objet de la moindre ristourne, que les possesseurs de la carte de fidélité du Smic sont aussi déçus qu’une shopping-addict devant une réduc de 2%, et te pousse à penser que si le public de Secret Story se permet d’anéantir sa matière grise devant un tel ramassis d’âneries, c’est parce qu’il a appris à la caisse que pour un cerveau acheté , cette semaine, un  deuxième lui était offert, et que du coup celui-là, c’est pas grave s’il l’abime, il lui restera le deuxième pour faire des trucs intelligents, comme écouter Lara Fabian. C’est ça le problème avec les soldes.

Le probleme avec le parc

Le problème avec le parc, c’est que mues par l’enthousiasme collectif inhérent au volume d’ensoleillement croissant de ces derniers jours, tes neurones semblent soudainement penser que rien ne te serait plus agréable que de profiter d’un moment de bonheur en posant ton fessier au beau milieu d’un morceau de verdure, et que bien qu’une partie de ton cerveau semble étrangement réticente à l’idée de cette expédition bucolique, un simple coup d’œil paresseux à n’importe quel réseau social te confirme que tu frôlerais les symptômes de la sociopathie en n’ayant pas envie de mouvoir ta personne dans le carré de gazon le plus proche par ce temps quasi-caniculaire, et pars donc profiter d’un doux moment de béatitude en posant ton arrière-train à l’endroit même où un caniche avait quelques minutes auparavant libéré sa vessie avant de te décaler de quelques mètres en t’aidant de tes mains sur lesquelles tu constateras avec délice qu’un mégot s’est collé, et de respirer à plein poumons l’air pur de cet idyllique coin champêtre, inspiration immédiatement suivie du douloureux recrachage de la douzaine de moucherons ayant visiblement confondu ton canal nasal avec un grand huit gratuit à Disneyland, et de profiter enfin du paysage paradisiaque du coin d’herbe qui t’entoure et qu’une demi-douzaine de pigeons malades et déplumés viennent d’envahir, choisissant, ô joie bucolique, parmi les centaines de mètres carrés qui leur sont dévolus, de t’encercler en t’observant de leur œil vitreux avant d’être rejoints par un corbeau, lui même chassé par un chien qui renversera sur son passage la bouteille d’eau encore ouverte que tu avais pris soin d’emmener, et dont tu es occupée à tenter de sauver les dernières gouttes lorsque l’arrosage automatique se met en marche, et que tu fuis d’un pas si pressé que ton pied, dans ta hâte pas encore rechaussé de sa tong, fait la rencontre d’une crotte de chien, ce que tu t’empresses alors de vouloir nettoyer en visitant les très  agréables toilettes du parc auxquelles tu accéderas trois quart d’heure plus tard après le passage d’une classe entière de CE1 n’ayant vraisemblablement pas encore étudié le tirage de chasse d’eau, et qu’à la seconde où ton courroux semble prêt à exploser à la face du monde, la bretelle de ton sac à main cède, brisant à tes pieds un demi-smic de maquillage et ouvrant les pages d’un vieux journal sur l’histoire de ces hommes, ces femmes et ces enfants massacrés il y a quelques jours, et que, plongée dans la culpabilité que représente la terrible indécence de ton irritation en comparaison du jeu infâme qui se joue à quelques centaines de kilomètres, tu remarches dans la crotte de chien. C’est ça le problème avec le parc.

Le probleme avec Secret Story 6

Le problème avec Secret Story 6 qui commence ce soir c’est que quoi que tout ait déjà été dit sur le degré profond de débilité d’une émission qui tendrait en comparaison à donner un air intelligent à Nadine Morano, il arrive un moment où tu réalises que dans quelques années arriveront sur le marché du travail de jeunes gens qui jamais n’auront connu le monde sans qu’il soit rythmé par une de ces annuelles Foires du Néant, du Bikini et du Grammaticide reines des prime-time et qu’en posant ton café deux secondes pour imaginer à quoi ce futur pourrait ressembler tu réalises que tu pourrais un jour hériter d’un collègue qui, balayant ta citation de Desproges d’un méprisant revers de la main déclamerait fièrement au pot de départ de Jean-Louis une des plus belles citations philosophiques de Benjamin Castaldi, jetterait au feu les poèmes de Victor Hugo que ses enfants ramèneraient de l’école pour leur faire étudier un recueil des plus beaux tweets de Mickael Vendetta, garderait en évidence sur son bureau un portrait de Moundir dont il s’inspirait largement pour conquérir de jeunes femmes qui céderaient facilement à ses désirs, immédiatement conquises par son sens de l’humour ravageur savamment acquis depuis le berceau grâce à l’écoute appliquée d’un hilarant Christophe Dechavanne qu’il considérerait comme un génie contemporain, t’offrirait un sourire dédaigneux lorsqu’à la cantine tu avoueras n’avoir jamais lu « Miette », premier chef d’œuvre poignant d’une Loana ayant détrôné Anne Frank au rayon des légendaires martyrs féminines, devenant peut être même un jour ton supérieur hiérarchique et te mettant à la porte pour faute professionnelle suite à une sombre histoire d’inversion de deux mots dans une citation de Steevy Boulay, t’obligeant alors à quitter ton bel appartement de la rue Bataille et Fontaine devenu hors de prix, et te présentant pour une demande d’HLM à la Mairie, mais que c’est au moment où ton cerveau commence à se demander si le buste de Marianne sous tes yeux est réellement moulé sur le modèle de Vincent MacDoom que tu réalises que, merde, ton café est déjà froid, et que le café froid, honnêtement, c’est dégueulasse. C’est ça le problème avec Secret Story 6.

Le probleme avec le Lendemain

Le problème avec le Lendemain, c’est quand, réveillée étourdie par une première nuit de passion enivrée dans un lit inconnu face à cet étranger qui ne semble plus tout à fait l’être, bien que seule une infime partie de lui vous ait été dévoilée et tout en remontant un jean aux effluves enfumées, vos cellules grises fatiguées ne peuvent s’empêcher de se demander si le jeu en valait bien la chandelle, si la bêtise crasse de vôtre ex et les discours aux odeurs de local poubelle de son groupe de potes étaient vraiment devenus si intolérables qu’il fallait faire ce saut vers l’inconnu, quitte à s’amouracher d’une nouvelle déception, vous demandant si vous n’auriez pas du, plutôt, trouver une bonne raison de rester chez vous à regarder un film nul ou blanc sous la couette, sans prendre le risque violent de vouloir y croire et de remettre vos tripes sur le tapis de jeu, doutant, tout en retrouvant une chaussette tirebouchonnée dans cette chambre encore assombrie par la nuit, de détenir l’énergie suffisante pour aller, encore, avec enthousiasme, de la découverte au compromis pour être peut-être finalement trompée, et vous ne pouvez vous empêcher en agrafant votre soutien-gorge de vous demander si, comme certains le clament sans vergogne, le confort égoïste de rester engagé à un ex qui connaissait depuis des années toute la famille et avait au moins réussi à s’en faire vaguement respecter quand tant d’autres crisent et se déchirent n’aurait pas du prendre le pas sur vos principes moins pragmatiques, mais qu’en enfilant vos chaussures et vous repassant l’album déjà flou des dernières années, vous vous rendez compte que si l’avenir se montre risqué et incertain, l’écoeurement du passé, lui, avait sans nul doute légitimé la rupture et sa consommation, puis, lasse d’avoir tant douté, vous vous autorisez à jeter un œil sur cette nouvelle silhouette encore endormie dans un fouillis de couverture défraîchies et pensez bêtement que l’hygiène voudrait que le changement de drap, vous souriez intérieurement, ce soit maintenant, mais comme il est bien trop tôt dans votre relation pour une blague politique, vous tournez simplement les talons la peur au ventre d’être déçue de la suite du voyage. C’est ça le problème avec le Lendemain.

Le probleme avec le photomaton

Le problème avec le photomaton c’est que la douloureuse expérience humaine qui consiste à figer ton image pour un morceau d’éternité n’est absolument pas dotée d’un accompagnement en douceur qui t’aiderait à supporter stoïquement ce moment intolérable puisque après avoir vaillamment vidé ton porte-monnaie au cœur de la machine fait rouler le tabouret à ta taille dans un sens puis dans l’autre puis finalement c’était le premier sens qui était le bon tu te demandes angoissé quelle image de toi tu veux fixer sur papier brillant et par voie de conséquences sur tes papiers d’identité pour les dix années à venir, non pas que tu puisses largement influer sur l’aspect physique dudit visage mais tu restes persuadé qu’on percevra à travers tes yeux quelques miettes de ton âme et qu’il s’agit de décider en tirant le rideau bleu moche de la cabine si tes yeux de 2012 devraient avoir l’air de présenter leurs excuses à tes yeux de 2022 pour avoir traversé une époque où Jean-Marc Morandini était quelqu’un d’important sans avoir quotidiennement hurlé au scandale et t’être enchainé aux pieds de ses studios, où s’ils devraient prendre l’air apitoyé des yeux suppliants qui diraient pitié, dis-moi qu’en 2022 on ne vide plus chaque été nos livrets A pour emprunter des wagons de la SNCF qui brillent autant par leur fiabilité que Nadine Morano par sa matière grise, ou si on devrait plutôt pouvoir lire dans ton regard la curiosité de savoir qui dix ans plus tard la classe politique amorphe aura choisi d’accuser de tous ses maux, les blonds, les asiatiques les Bouddhistes, les mangeurs de pizza d’apparence ou les lapins d’origine algérienne quoi que le coup du lapin paraisse fort peu probable mais qu’en plein tourbillon d’interrogations existentielles la dame de la machine te rappelle de toute façon qu’il te reste 40 secondes que tu dois être droit, seul, fixe, sans chapeau, sans mèche, sans lunettes, ne pas bouger et t’informe finalement que tu dois garder une expression neutre et que dans l’urgence de trouver un truc neutre, tu penses à une canette vide de coca light, ce qui il faut bien l’avouer n’est pas entièrement à la hauteur du message du tu souhaitais envoyer à ton toi du futur, mais bon. C’est ça le problème avec le photomaton

Le probleme avec la pluie

Le problème avec la pluie c’est que si nous pourrions éventuellement être enclins à nous laisser surprendre par une violente averse et à courir dégoulinants tirebouchonner nos chaussettes dans l’évier, à bouleverser nos plans en courant de toutes de nos forces et trempé jusqu’aux os retrouver sous une pluie battante un amant aux mèches de cheveux dégoulinantes pour l’embrasser au ralenti, force est de constater que la pluie, elle, prévoit rarement de nous faire passer un moment digne de la plus grande littérature en abattant sur nos misérables silhouettes un violent orage tout-puissant, et décide généralement de trainer mollement son méprisable crachin toute la journée, comme si plutôt que de nous faire vivre un court et intense instant de film en noir et blanc elle préférait nous infliger la projection moite de 12 saisons d’une série fade qui trainerait en longueur et dont le point culminant consisterait à éviter une flaque d’eau, et qu’au lieu d’immenses parapluies s’envolant au grand vent dans un salto dramatique, vous assistez des heures durant à un cortège de lunettes humides et de cheveux bêtement frisottants, qu’à la place de vous retrouver un instant vêtue d’une robe ruisselante semi-érotique vous passez la journée à endurer l’infecte sensation d’un bas de pantalon détrempé, comme si la pluie retenait ses forces pour mieux vous abattre, livrant au lieu d’une immense colère quelques phrases de pimbêche régulièrement placées, et qu’à la limite, si au moins vous pouviez en profiter pour vous rouler dans les champs de blés sous les gouttes en humant à plein poumons l’odeur de l’implacable force de la nature en évitant les crottes de chien, ça irait bien, mais que là, vous devez monter dans le bus, et que le bus quand il pleut, ça sent le chien mouillé, ce qui est bien la preuve que la pluie fait vraiment les choses à moitié parce que ce serait quand même nettement plus classe que ça sente le dinosaure mouillé dans le bus, par exemple. C’est ça le problème avec la pluie.

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